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Fostures ou sculptiles
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© Photos : MJX, sauf indication contraire.

Le drame des ammonites à épines reconstituées...

Lors des récentes bourses aux minéraux et fossiles de Sainte-Marie aux Mines, mon œil a été attiré par des ammonites gigantesques couvertes d’épines en provenance d’une de mes régions favorites, les Alpes de Haute-Provence...Une nouvelle espèce ?


(photo XBo)

Un de mes amis essayait en vain de vendre une superbe plaque couverte d’ammonites de différentes espèces, du Barrémien supérieur, en provenance de la réserve géologique de Haute Provence (hum hum ! je tairai donc son nom) : 700 euros ! Il est vrai que le dégagement de pareils fossiles représente de longues heures de travail. Il est vrai aussi que pour faire plus joli, il avait délicatement rajouté à la colle bien dissimulée quelques petites bestioles supplémentaires, heureusement du même étage, du même banc.
Tous les amateurs (fort peu paléontologues) lui avaient répondu : « que n’aviez-vous pas rajouté quelques épines, je vous l’aurais alors bien acheté ».
Et voilà le drame...pour des raisons purement mercantiles, en l’absence d’une théorie quelconque d’évolution, de nouvelles espèces se créent sous les doigts, les outils et les colles araldites de vils commerçants.
Les vrais paléontologues amateurs ou professionnels se laisseront parfois bernés.
Mais que ne payerions-nous pas pour une belle pièce bien esthétique ? Au diable la réalité, la science, le vrai...rien ne vaut la belle sculpture, pure création de l’Homo sapiens, ce que j’appelle dans le titre la fosture ou le sculptile.

Un autre de mes anciens amis organise un petit trafic des plus lucratifs... Il paie quelques malheureux ouvriers carriers dans le centre du Maroc...Ces derniers extraient d’un gisement mésozoïque des morceaux de différentes bestioles qu’ils mettent en tas : un tas de morceaux de Mortoniceras, un tas de Lytoceras,...D’autres ensuite reconstituent les bestioles en collant , remplissant de résines les morceaux manquants, peu importe s’ils proviennent de spécimens différents...Les épines sont taillées dans la roche encaissante et rajoutées. Le tout (est-ce encore un fossile ?) est badigeonné de cire teintée et légèrement sablé pour escamoter l’aspect brillant. L’œuvre est ensuite emballée et expédiée en France pour la vente. Sans doute passe-t-elle la douane en tant que caillou ou de sculpture.

Voilà ce que vous risquez d’acheter dans les stands de différentes bourses que vous fréquentez...

Si vous recherchez malgré tout un bon fossile véritable, regardez-le bien sous toutes les coutures (c’est le cas de le dire) , à la loupe même pour une grande pièce, détectez les discontinuités, les changements de rythme dans les côtes, les costules, les nodules ainsi que dans les lignes de sutures (les cloisons), les carènes. J’ai même vu un Emericiceras couvert d’épines d’un seul côté !


(photo XBo)

Faites une photo au flash et détectez les zones brillantes de résines (les crosses de Macroscaphites sont souvent entièrement retaillées) ; pour les « cimetières marins» détectez les anomalies stratigraphiques, les petites ammonites rajoutées pour remplir les vides (les Macroscaphites n’ont pas vécu en même temps que les Heteroceras ou que les Acrioceras !)


(photo XBo)

Et finalement rejetez tous ces montages absurdes, sauf si vous voulez sur votre cheminée une sculpture à la gloire de la bêtise humaine.


(photo XBo)

Marc Jauniaux

Article paru dans le Lithorama N° 8 de octobre 2009.


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