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Le Prix des Minéraux : Pourquoi si élevé ?
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© Photos : MJX, sauf indication contraire.

Article de John Betts http://www.johnbetts-fineminerals.com
traduction libre de Marc JAUNIAUX
L'article original se trouve à l'adresse : http://www.johnbetts-fineminerals.com/jhbnyc/articles/prices.htm

Je suis à mes moments perdus revendeur de minéraux. On me questionne beaucoup au sujet du prix demandé pour des spécimens minéralogiques. Les collectionneurs débutants sont les plus désarçonnés parce qu'ils doivent encore comprendre quels sont les facteurs qui affectent la valeur des minéraux.

Voici l’évolution chronologique du prix d'un échantillon minéralogique typique en fonction de divers événements.

Le Commencement

Tous les minéraux sont à l'origine dans le sol. Un minéral n'est pas sans valeur (parce que, par exemple, les collectionneurs ont toujours l'espoir de trouver le minéral rarissime, non encore décrit) mais il n'a pas encore d'étiquette. Il restera enfoui au calme, pendant des millions d'années, avant qu'un des deux événements suivants n'arrive :

Ou bien il s'érodera, se dissoudra dans un dépôt sédimentaire quelconque et recommencera un autre cycle de formation de roche;
Ou bien l'homme interviendra et en fera quelque chose :

Il ira alors se faire concasser dans une usine de traitement industrielle comme un vulgaire minerai.
Ou il deviendra un spécimen minéralogique, un objet de collection.

Je me concentrerai uniquement sur cette dernière possibilité.

Evolution des prix

Au cours d’une sortie organisée par le CMPB, un collectionneur le déterre, l'enveloppe dans un bout de papier journal et le range dans sa cave. Il restera typiquement dans cet état-là pendant deux ou trois ans, avant que l’épouse dudit collectionneur ne menace de jeter à la poubelle toutes les cochonneries qui encombrent le sous-sol. Prix = 0 EUR (remarque : 1 EUR = 40.3399 BEF )

Le collectionneur le brosse et le nettoie pour la première fois et décide que cela vaut la peine de le garder malgré le fait qu'il manque de place et que sa femme lui précise qu'il aurait mieux fait de laisser les cailloux là où ils étaient et de collectionner des timbres, ce qui est beaucoup moins encombrant et sale.

Au cours d'une réunion du CMPB, Il fait un échange avec un autre collectionneur qui compte enlever les traces d'oxyde de fer et d'argile dudit spécimen. Il obtient en échange une améthyste du Brésil. Valeur estimée de l'échange = 0,50 EUR

Le nouveau propriétaire, plus expérimenté, dissout l'argile et la rouille dans l'acide et peut maintenant admirer la beauté réelle des cristaux de l’échantillon. Le spécimen est maintenant parfaitement propre et brillant. Prix estimé = 5.00 EUR

Il en fait don au CMPB pour l'organisation d'une vente aux enchères annuelle. Le spécimen atteint le prix de 12 EUR. Il est vrai que les réunions du CMPB sont toujours bien arrosées et qu’on perd parfois l’esprit.

Le nouveau propriétaire l'emporte et finit par le vendre à un collectionneur averti qui a appris que la carrière où il a été trouvé est maintenant sous eau et que plus aucun échantillon ne pourra plus être ramassé. Le nouveau propriétaire l'estime à 25 EUR.

Des années plus tard, la revue "Minéraux et Fossiles" publie un article à propos du site où a été découvert le spécimen. L'auteur de l'article décrit une forme cristallographique maclée rare, et considère même que le site de la découverte est unique. Le propriétaire double le prix à 50 EUR.

Le propriétaire meurt, laissant la plupart des pièces de sa collection sans références ni étiquettes. Ses héritiers n'ont aucune idée de ce qu'il faut faire avec la collection. Un revendeur local de minéraux contacte la veuve et offre 1800 EUR pour toute la collection minéralogique du défunt, qui se retourne dans sa tombe. Le prix payé par échantillon est approximativement de 0,50 EUR.

Maintenant l’échantillon, non étiqueté, est mal identifié par le collectionneur qui essaie de le vendre à 50 EUR comme un minéral classique, de provenance "classique".

Le spécimen ne se vend pas pendant deux ans. Le revendeur estime que la vente de minéraux ne rapporte plus grand-chose et décide de vendre plutôt des bijoux. Il élimine son fond de commerce en vendant les minéraux à 20 % du prix étiqueté. La valeur du spécimen tombe à 10 EUR.

Le nouveau propriétaire de l’échantillon est bien mieux informé et reconnaît sa véritable origine. Il fait des recherches sur l'emplacement et affiche une photocopie de l'article paru dans Minéraux et Fossiles pour attirer les clients de la bourse du CMPB à Autoworld. Le prix affiché est de 100 EUR.

Un riche amateur de 35 ans, qui vient de commencer une collection de minéraux, achète le spécimen pour 90 EUR. Il est heureux. Il a obtenu un rabais de 10 % !

Pendant ce temps, il y a tellement de demande pour des minéraux en provenance du vieil emplacement que les prix montent. La Société Yavlos et Cie décide d’acheter la carrière et de relancer son exploitation. On retrouve le gisement et on extrait à nouveau de beaux spécimens qui se vendent maintenant, grâce à un marketing insensé, à des prix astronomiques.

Après deux ans le marché est saturé. (Après tout, combien de personnes dans le monde sont-elles capables de dépenser 10000 EUR pour un spécimen ? peut-être quelques musées et quelques richissimes collectionneurs)

M. Yavlos n'abandonne pourtant pas la vente des minéraux trouvés dans la carrière. Mais les prix baissent de 10 % . Les minéraux du site deviennent aussi courant que les améthystes du Brésil. En attendant notre spécimen est vendu à un nouveau propriétaire à 150 EUR.

Ce dernier montre le spécimen à un collectionneur expérimenté qui possède un microscope. Ce dernier découvre des inclusions rares de zinekium ( 157ème élément du tableau de Mendeléïev). Il écrit un article qui est accepté et fait une communication de 15 minutes au Symposium International de Minéralogie. On offre le spécimen à la vente pour 500 EUR.

Il est immédiatement acheté par un collectionneur qui s'est spécialisé dans les minéraux du site en question. Le spécimen occupe maintenant une place de choix dans sa collection privée. L'article est publié dans le Journal International de Minéralogie. On offre au collectionneur jusqu'à 1000 EUR pour le spécimen. Il refuse.

Au fur et à mesure que le propriétaire vieillit, la valeur du minéral croît, du moins dans son esprit. Mais comme il sait aussi qu'il ne peut pas l'emporter dans la tombe, il l'offre à un musée local pour 5000 EUR. Le conservateur du musée a un budget d'acquisition annuel limité à 1000 EUR et espère qu'un généreux donateur achète le spécimen pour le musée.

En attendant le propriétaire meurt. Les héritiers ne sachant que faire de la collection et voulant occuper rapidement sa maison font appel à un entrepreneur pour réaménager les lieux. Tout est jeté dans une benne à ordures et finit dans un dépotoir. Le spécimen minéralogique se retrouve enfoui et recommence un nouveau cycle de dissolution et de recristallisation.

Alors, quelle est vraiment la valeur d'un échantillon minéralogique ?

Cette petite histoire amusante montre que le prix d'un échantillon minéralogique, comme de tout objet de collection, est déterminé en fonction de l'esthétique, de la rareté, de l'origine, mais aussi en fonction du marché (de l'offre et de la demande) ainsi que des études, publications plus ou moins scientifiques et de la publicité faites à son sujet. Comme dans l'art, la valeur augmente avec la connaissance et la rareté de l'objet. Il n'y a aucune valeur absolue. En conséquence, il n'y a aucune règle simple et rapide pour fixer les prix.

S'il n'y avait pas d'aléas au cours de l'existence d'un minéral, la théorie du plus fou prévaudrait. Chaque propriétaire fou ayant acheté un minéral le vendrait à un plus fou qui le payerait plus cher. Et ce serait l'escalade perpétuelle des prix. En tant que revendeur, tout ce qui importe c'est de trouver un collectionneur plus fou, capable de payer plus cher ce qui a été acheté moins cher. Et il existe ! C'est peut-être vous....C'est fou !!


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